Pascale CHABRILLAT
Directrice générale de l'OCEMO

Le 18/06/2012

Pascale CHABRILLAT Pascale Chabrillat, Directrice générale de l'OCEMO (Office de coopération économique pour la Méditerranée et l'Orient) revient suite à une conférence que vous venez d'organiser sur « vers une économie verte en Méditerranée » sur le rôle de l'OCEMO, l'économie verte et comment en faire une source de croissance et d'emplois ?

Qu'est-ce que l'Ocemo ?

L' OCEMO, Office de coopération économique pour la Méditerranée et l'Orient a été créé pour porter la voix des sociétés civiles en Méditerranée.
Ocemo fédère la société civile et propose un nouveau modèle d'intervention aux peuples du sud. Le printemps arabe a adressé un signal fort aux organisations internationales en pointant des frustrations, des besoins. Les experts trouveront au sein de cette association un lieu de travail, d'échange et de médiation entre la société civile et les dirigeants. L'Ocemo sera la caisse de résonnance des aspirations des populations en s'appuyant sur les relais qui le compose. Opérationnel depuis le mois de septembre 2011, l'OCEMO rassemble plus d'une vingtaine d'organisations et de réseaux euro-méditerranéens (sont notamment membres de l'OCEMO : le FEMISE (Forum Euroméditerranéen des Instituts de Sciences Economiques), ANIMA Investment Network, la Chambre de commerce et d'industrie Marseille Provence, la Ville de Marseille, les Réseaux Méditerranéens des Ecoles de Commerce et des Ecoles d'Ingénieurs, l'UNEP / Plan Bleu, la Banque Européenne d'Investissement, le Cercle des économistes arabes, le CMI, la Caisse des Dépôts, etc.)

Ils représentent près de 180 laboratoires de recherches et agences de développement économique actifs en matière d'économie, d'investissements, de formation, de conception de projets et de financement, sur l'ensemble de la région Méditerranée/Moyen-Orient - soit les 43 pays de l'Union pour la Méditerranée ainsi que les pays du Golfe. Réseau de réseaux économiques, l'OCEMO se veut un incubateur de dispositifs de développement innovants à destination notamment de la jeunesse, de l'emploi et de l'entrepreneuriat. En effet, au-delà de la réflexion, la spécificité de l'OCEMO est d'abord sa vocation à transformer ses analyses en activités opérationnelles, en associant les dimensions macro et micro-économiques, sociales, infrastructurelles et financières, territoriales et humaines. C'est ensuite de se vouloir la voix de la société civile des pays.

La construction de la vision portée par l'OCEMO s'organise ainsi autour de 5 grands points :

  1. consolider la perspective régionale
  2. mettre les évolutions économiques en relation avec les conditions sociales et de vie
  3. centrer la réflexion et les projets sur les enjeux d'avenir, en particulier la jeunesse
  4. consolider la perspective d'un développement territorial équilibré
  5. comparer de façon systématique la zone avec les autres régions du monde pour mieux se situer

Pour mémoire, la conférence "Vers une économie verte en Méditerranée", organisée par l'OCEMO et le CMI, en partenariat avec le Plan Bleu, le FEMISE et la Ville de Marseille s'est articulée autour de trois objectifs principaux :

  1. Rassembler en un même lieu décideurs publics, acteurs de la société civile - notamment du secteur privé - et experts issus des différents pays méditerranéens pour leur offrir l'opportunité de débattre du potentiel que représente la croissance verte pour la région;
  2. Initier un dialogue au niveau régional et faciliter le partage d'expérience dans divers secteurs, ainsi que la dissémination du savoir-faire parmi les agences publiques et les acteurs du secteur privé ;
  3. Discuter des actions concrètes qui permettraient à la région Méditerranée d'aller vers une économie verte, source de croissance et de création d'emplois.

Les enjeux fondamentaux de l'équilibre économique, social et environnemental de notre planète et de ses habitants ont ainsi conduit l'OCEMO à consacrer l'un de ses premiers projets à ce thème de l'économie verte dans les pays de la rive sud de la Méditerranée, dans le cadre de ses travaux et de son action sur la coopération économique, le développement des entreprises, l'éducation et la recherche dans cette région.
Les progrès dans la mise en œuvre des recommandations seront examinés dans 18 mois.

Quelle définition donnez-vous à l'économie verte ?

L'économie verte est une économie efficace, prenant en compte l'environnement comme un actif à bien gérer. C'est une voie vers le développement durable. L'investissement dans l'environnement se révèle, dans certains secteurs, comme une source de croissance. Ainsi, investir dans l'efficacité énergétique avec des emplois directs créés, permet de réduire rapidement la facture énergétique d'un pays, ce qui dope l'économie et la croissance. on parle de double bénéfice tant pour l'environnement que pour l'économie. Des pays ont su par exemple constater que les pauvres n'étaient que 10 % des bénéficiaires des subventions aux carburants, subventions bénéficiant donc majoritairement aux riches (pouvant s'acheter de grosses cylindrées). La réallocation de ces dépenses publiques vers des subventions directes aux pauvres, tout en faisant payer au juste prix l'essence, d'une part permet d'aider réellement les pauvres, et d'autres part de faire payer le vrai prix aux consommateurs, qui sont alors directement inciter à réduire leur consommation. Tant les finances publiques que la balance commerciale de ces pays s'en sont trouvées mieux. Bien sûr, l'économie verte suppose des politiques volontaristes, et à la base des règles de marchés claires et une économie qui fonctionne. Ceci suppose donc que les pays lancent des stratégies nationales cohérentes: c'est ce que s'apprête à faire le Maroc.

Où en sommes-nous aujourd'hui ?

Le concept est maintenant bien documenté au sein des milieux économiques. En 2011 on a vu de nombreuses réflexions et rapports mettre en évidence la nécessité et la possibilité d'une évolution vers une économie verte: le PNUE (février 2011), l'OCDE (mai 2011), le Forum Arabe pour l'Environnement et le Développement (AFED, novembre 2001). En 2012, ce mouvement s'est renforcé en vue du sommet de la Terre RIO + 20 en 2012. Ainsi, la Banque Mondiale vient de publier (10 mai 2012) un rapport pour "une croissance verte inclusive". On peut aussi citer le récent rapport du Conseil Economique et Social marocain (avril 2012). Il faut maintenant passer à l'action, comme l'ont décidé des pays comme la Corée du Sud, ou le Mexique. Le gouvernement marocain va lancer, dans la foulée de sa révision constitutionnelle de 2011 et de l'adoption la même année d'une charte nationale de l'environnement, une réflexion pour une stratégie nationale de croissance verte. Un atelier est organisé dès le 11 juin 2012 à Rabat, à l'initiative du ministère des finances et de la Banque Mondiale, en liaison avec d'autres ministères, dont celui de l'Energie, des Mines, de l'Eau et de l'Environnement.
Les pays Méditerranéens, confrontés au double défi de ressources naturelles très limitées (eau, sols, énergie) et d'une demande sociale forte en termes d'emploi et de qualité de vie, doivent considérer cette option d'investir dans l'économie verte, chacun suivant son contexte institutionnelle, économique et environnemental.

Comment faire de l'économie verte une source de croissance et d'emplois ?

L'eau, l'énergie, les sols arables, le vivant (comme les poissons) constituent un capital naturel, au même titre que le capital financier ou le capital industriel. Une bonne gestion de ce capital suppose d'y investir, d'avoir un cadre de marché qui met en évidence le prix réel de ce capital. Et ainsi on peut espérer en tirer des revenus, stables et durables. Dépenser pour l'environnement fut trop longtemps considérer comme un coup pour un confort, devant venir après les investissements en infrastructures considérés comme réellement productif. Depuis dix ans, la Banque Mondiale a mené dans les pays sud méditerranéens des études et analyses qui ont montré qu'en fait le couts économiques de la dégradation de l'environnement se traduisait par une perte annuelle de l'ordre de 3 à 7 % du PIB, alors même que ces pays n'ont eu en moyenne en 2010 qu'une croissance d'environ 4%. On a bien compris aujourd'hui qu'investir dans une irrigation maitrisée permet de dépenser moins, de conserver des réserves d'eau sur le long terme, d'accroitre les surfaces cultivables et donc les rendements, et in fine les emplois. On a bien compris aujourd'hui qu'investir dans une meilleure isolation des bâtiments mobilisant des savoirs faire locaux, des emplois locaux, cela permet ensuite de dépenser moins d'énergie, de moins importer d'énergie et globalement d'économiser des fonds tant publics que privés, rendant ainsi l'économie plus efficace. Il faut donc mettre en place divers outils: un cadre réglementaire (par exemple des normes d'isolation), un cadre de concertation (par exemple avec les agriculteurs d'un bassin hydrographique), un cadre de financement (éventuellement fiscal) pour aider et inciter, un cadre de formation (pour préparer les jeunes aux emplois créés et justement mobiliser la main d'œuvre locale)... En clair, une économie verte suppose une politique économique adaptée, avec une convergence des actions gouvernementales et des initiatives privées.

 

Que sont les 36 recommandations ?

Trente six ‘Recommandations de Marseille pour une économie verte' , élaborées et adoptées par des experts de la société civile d'un grand nombre de pays Méditerranéens, visent à promouvoir une économie verte dans la région Méditerranée, en soutien au développement durable et à la réduction de la pauvreté, et en saisissant les opportunités environnementales sources de croissance et de création d'emplois. Elles concernent: 1) les opportunités de projets verts (économies d'énergie, énergies renouvelables, services de l'eau, efficience en ressources, protection de la biodiversité) et de création d'emplois (rôle des PME, croissance inclusive pour les jeunes et les pauvres), 2) les financements publics et les opportunités pour les investisseurs institutionnels privés , 3) la gouvernance et les cadres institutionnels (promotion des technologies et innovations vertes), 4) l' amélioration du fonctionnement des marchés (subventions dommageables à l'environnement et générant un gaspillage de ressources)et 5) la mesure de l'économie verte (indicateurs). Ces Recommandations sont destinées aux décideurs publics et privés des pays méditerranéens, aux personnalités influentes d'ONG ou d'institutions académiques, aux institutions internationales et au Sommet de RIO+20, aux investisseurs institutionnels privés et aux citoyens.

Cette interview a été rédigée en collaboration avec Gilles Pipien, spécialiste de l'environnement à la Banque Mondiale, basé à Marseille et Christian Averous, président du groupe de travail qui a élaboré les recommandations.

 

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